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mardi 07 septembre 2010 Danielle Bousquet

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Tribune de Jean Glavany sur le port de la burqa

Je suis membre de la Mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national. Avec 31 autres députés à l'Assemblée Nationale, nous nous sommes mis au travail depuis le mois de juillet.

Je peux attester que cette mission n'est pas composée uniquement d'élus de Droite défenseurs de l'identité chrétienne ou de Gauche « ultra-laïques ». D'ailleurs je ne sais pas ce que veut dire « ultra-laïque » puisque, pour moi la laïcité est un combat contre les « ultras » que sont les intégristes et les fondamentalistes.
Je peux attester aussi qu'existe au sein de la Mission un relatif consensus républicain pour à la fois condamner le port de voiles intégraux qui sont des entraves insupportables à l'émancipation féminine et une rupture des principes républicains de liberté, égalité, fraternité, mais aussi pour prendre garde de ne pas stigmatiser une religion, l'Islam, désormais deuxième religion de France et ne pas affaiblir les musulmans modérés, républicains et laïques, dans leur combat courageux contre l'intégrisme.

Comme membre de cette Mission, je me suis soumis à une règle de réserve depuis le début de nos travaux : travaillons, auditionnons, écoutons, réfléchissons, échangeons, et essayons, ensemble, dans le débat démocratique, de faire des propositions concrètes, utiles à l'intérêt général.

Pourtant, au mépris de ce respect essentiel de ce travail collectif, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a profité de l'été pour asséner son propre arbitrage : « faites ce que vous voulez mais moi, Monsieur Copé, je sais ce qu'il faut faire : il faudra une loi pour interdire la burqa ». Il sait tout cet homme-là. Mieux que tout le monde. Avant tout le monde. Sans participer aux travaux de la Mission parlementaire. C'est sans doute sa manière à lui de promouvoir les choix du parlement...
C'est pourquoi, libéré du devoir de réserve par cette intervention intempestive, je voudrais à ce stade de nos travaux, faire part de quelques réflexions.


D'abord, la question du nombre de burqas portées par des femmes en France ; la presse fait état de notes ou rapports des services de police indiquant pour les uns le chiffre de 367, pour les autres 2000...
Et alors ? Le problème n'est pas un problème de statistiques, c'est une question de principe ! N'y en aurait-il qu'une, nous devrions y réfléchir et agir.
Mais prenons bien conscience que plus il y a de burqas portées, plus la pression devient difficile à supporter pour les femmes qui résistent et refusent de la porter...

Deuxième réflexion : j'ai entendu le Président de la République dire devant le congrès de Versailles :
« Le problème de la burqa n'est pas un problème religieux. C'est un problème de liberté et de dignité de la femme ». Mais les deux Monsieur le Président !
C'est, vous avez raison, un problème de droit et de dignité de la femme. Mais au nom de quoi portent-elles ou leur fait-on porter la burqa ?

Au nom, non pas d'une religion, mais d'une certaine conception religieuse. D'une conception intégriste, fondamentaliste.
Comme le disait excellemment le philosophe Abdennour Bidar devant la Mission d'information parlementaire, « ce serait trop facile au football de dire que le hooliganisme ne le concerne pas, au cyclisme que le dopage n'a rien à voir lui... et ce serait trop facile à l'Islam de dire que sa dérive sectaire, celle que Gilles Kepel appelle le « salafisme cheikiste », ne le concerne pas »...
Et, ajoute Abdennour Bidar, « il serait trop facile pour une religion - j'ajoute : celle-ci ou une autre ! - que de déclarer qu'elle n'est pas concernée par ses propres égarements, à chaque fois qu'elle sombre dans tel ou tel de ses excès récurrents, l'obscurantisme ou la violence par exemple ».
Il ne s'agit pas de stigmatiser quelque religion que ce soit car dans toutes les religions, l'Islam comme les autres, l'immense majorité des croyants sont aussi laïques au sens où ils acceptent que les lois de la République se placent au-dessus de leurs engagements privés, tandis qu'une minorité d'intégristes et de fondamentalistes ne l'acceptent pas et défient les lois de la République. Il s'agit d'y voir clair pour mieux affronter les problèmes.

Troisième réflexion : Faut-il interdire le port de la burqa en France ? Ce qui est sûr c'est que moins il y aura de burqas en France, mieux ça vaudra pour la République et pour les droits des femmes de France. Bref, il faut que notre droit rende la burqa « impossible ». L'objectif est clair.

Pourtant, j'ai une réticence à l'idée de simplement « interdire ». Non pas que je sois un adepte de l'idéologie soixante-huitarde selon laquelle « il est interdit d'interdire ».
Non, la République peut et doit interdire.
Mais la République et la laïcité incarnent des valeurs universelles qui ne se résument pas à l'interdit. Universelles, elles rayonnent. Notre travail parlementaire devrait s'inscrire dans cette grande histoire. Et c'est pourquoi je suggère trois pistes pour le législateur

- Pourquoi ne pas dire franchement qu'il y a des idéologies que l'on combat ?
On combat le nazisme, le racisme, l'antisémitisme... Ne peut-on combattre aussi le talibanisme ? Ou le salafisme ? Relisons les documents diffusés par les taliban à Kaboul en 1996 à l'adresse des femmes afghanes pour leur dicter leurs devoirs : ils sont l'expression d'une barbarie que nous devons combattre ouvertement.

- Elisabeth Badinter a dit devant la mission : « plutôt que d'interdire la burqa, il faudrait positiver et affirmer un principe de droit positif : le principe d'égalité, de fraternité va de pair avec le visage découvert. Le visage ce n'est pas le corps ». Et elle a évoqué la visibilité, facteur de civilité et de fraternité. Car la visibilité est l'acceptation de la réciprocité. (La burqa, c'est la jouissance de la puissance par la non-réciprocité). La burqa n'est pas vêtement comme les autres. C'est un refus du pacte social, c'est aussi la rupture du principe d'égalité : « j'ai le choix de te voir mais pas toi ! »

- enfin, troisième piste : les violences faites aux femmes. Il est urgent que le parlement français puisse légiférer sur ce sujet comme l'a fait le parlement espagnol il y a quelques années à l'initiative de M. Zapatero. Un texte existe qui fait, je le crois consensus. Il suffit d'y ajouter un article stipulant que le visage masqué est une violence aux femmes, quelle soit consentie ou pas.

Je le redis : je préfère la République qui rayonne par ses valeurs à celle qui blâme.

Trouvons un moyen d'exprimer par le droit positif que les principes républicains et, sans doute surtout, celui de fraternité, imposent, exigent le visage découvert et nous obtiendrons le même résultat sans tomber dans la facilité.

Jean Glavany


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