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Aujourd’hui, en effet, si les salariés, adultes ou jeunes, parents ou grands parents, si les étudiants, si les chômeurs, si les jeunes sont dans la rue, c’est qu’ils ont bien compris que la précarité dans l’emploi, érigée en dogme par le CPE, déconstruit l’avenir nos jeunes et les laisse sans perspective.
Ce que tous comprennent bien aussi, c’est qu’il s’agit de la première étape, qui vise à détricoter, contrat par contrat, acquis social par acquis social, tout l’édifice de notre droit du travail, patiemment élaboré au cours des décennies passées grâce aux luttes de celles et ceux qui se sont engagés dans l’action syndicale et politique.
Tous sont donc debout contre le mauvais sort fait aux jeunes, d’autant que la volonté du Premier Ministre de les faire passer pour des nantis irresponsables parce qu’ils refusent l’inacceptable, c’est une erreur politique majeure. Il faut en effet rappeler que les Français n’avaient pas d’idée préconçue sur le CPE : ils ont cherché patiemment à en comprendre les desseins. Leur refus n’est pas venu d’un coup de tête, comme un caprice : il a été le fruit d’une lente maturation.
Traiter par le mépris la contestation des Français, des jeunes, réprimer les manifestations étudiantes, c’est la méthode brutale qu’impose le Gouvernement, ajoutant à l’absence de concertation avec les partenaires sociaux -sur le sujet majeur de l’emploi- une inflexibilité de plomb.
Notre Groupe Socialiste à l’Assemblée Nationale a, pour sa part, déposé un recours devant le Conseil Constitutionnel contre le CPE sur deux arguments : le texte qui l’instaure méconnaît le principe d’égalité dès lors qu’il est réservé aux moins de vingt six ans et, d’autre part, porte atteinte aux droits fondamentaux du travail en raison de la non motivation de la rupture du contrat pendant la période d’essai de deux ans.
Aujourd’hui, nul ne peut prédire ce qui va se passer. En s’arc boutant à son projet comme il l’a encore fait à l’Assemblée Nationale cette semaine, le Premier Ministre prend le risque d’une épreuve de force qui peut très mal tourner, avec les jeunes et avec le monde du travail.
Il est le dos au mur, tout comme Jacques Chirac en 1986 avec les émeutes étudiantes. Certes il oblige la Droite à se regrouper derrière lui, mais le soutien de l’opinion, lors des mouvements de jeunes est toujours transgénérationnel et transpolitique, si bien que l’électorat de Droite peut ne pas le suivre jusqu’au bout.
On voit bien aussi que le CPE devient l’objet de querelles internes de la Droite, avec toujours pour objectif l’horizon 2007.
Mais nous devons rester prudents sur les conséquences de cette déstabilisation du Gouvernement. Je suis convaincue que ce sont nos propres propositions qui feront la différence, celles d’une politique d’ensemble, prenant en compte le paysage très contrasté des conditions d’insertion professionnelle des jeunes, selon leur diplôme et leur qualification.
La première étape, en sera la proposition de loi que les Socialistes défendront le 6 mai lors d’une niche parlementaire à l’Assemblée Nationale.
La période est politiquement grave, nous nous devons d’être à la hauteur des enjeux. |